Islamistes et traficants de drogue

D’ailleurs, pour se justifier « implicitement », ils invoquent le fait que « la drogue, est essentiellement exportée vers l’Occident et leur sert donc d’arme dans leur lutte contre celui-ci 22 ». En réalité, les phalanges de l’AQMI ne sont pas directement impliquées dans ce trafic, bien au contraire. Elles ne font qu’offrir leur protection aux trafiquants de drogue, lesquels leur donnent en échange d’importantes sommes d’argent. Cette protection constitue une source importante de revenus de l’AQMI qui s’ajoute, bien opportunément, à la source principale des revenus, c’est-à-dire des rançons demandées lors de la prise d’otages d’occidentaux. L’argent ainsi obtenu lui permet d’acquérir des armes, mais lui sert aussi de monnaie d’échange auprès des populations locales, dont elle obtient ainsi leur soutien ou, du moins, leur passivité, « leur tolérance ». Pour un haut responsable des services de sécurité mauritaniens dans cet environnement où l’État est totalement absent, il s’agirait là d’un système érigé en « véritable sécurité sociale », où l’argent étant ainsi subtilement « redistribué ». Par ailleurs, comme l’a souligné un consultant pour les Affaires du nord du Mali, si la plupart des phalanges de l’AQMI se ravitaillent auprès des populations locales, elles ne négocient jamais les prix des marchandises qui leur sont souvent vendues au double, voire même au triple, de leurs valeurs réelles. De cela, les responsables de l’AQMI en sont conscients, mais ils payent toujours comptant, sachant qu’ils se rendent ainsi indispensables à l’économie locale. Ils leur fournissent aussi de menus services23 comme, par exemple, le transport de malades vers des zones pourvues de médecins et de services hospitaliers, ou encore par le prêt d’argent sans en demander le remboursement. Enfin, offrir des moutons pour les fêtes de l’Aïd et pour de grandes occasions est aussi une manière de se faire accepter par ces populations, sans oublier les liens tissés par le mariage. Toutefois, cet ancien conseiller malien pour les Affaires du Nord remarquait que « développer des liens matrimoniaux ne protégerait qu’à la marge, la tribu, en ne protégeant éventuellement que l’individu, mais pas le groupe en tant que tel, n’adhérerait pas à son combat pour autant »; le développement des liens du mariage fait partie d’un ensemble d’initiatives d’adaptation à son environnement interne. De plus, l’AQMI n’intervient pas, sinon très peu, sur le plan religieux. À cet égard, un imam qui fut pendant un temps proche d’Al-Qaïda avant de couper tout lien avec celle-ci, expliquait: « Il n’y a pas de différence entre les musulmans, entre les malékites, les soufis ou les salafistes…, l’essentiel étant d’être musulmans 24 ». Aussi, les combattants de l’AQMI appliquent ce principe, afin de mieux partager les normes, valeurs, traditions et croyances des populations locales (environnement interne) et s’attachent à inscrire leur combat contre les pouvoirs en place – corrompus et contre l’Occident – oppresseur. Ce faisant, ils assurent la mise en conformité de l’identité sociale de l’organisation centrale à son contexte opérationnel, dans lequel sont actifs de manière décentralisée des mouvements salafistes plus profondément adaptés aux conditions locales. Une conformité indispensable à la réalisation des objectifs de son statut officiel d’affilié d’Al-Qaïda lui permettant de se présenter comme les défenseurs des populations locales et, plus globalement, de tous les musulmans. Ainsi, l’AQMI et ses mouvements salafistes parviennent-ils à se faire voir comme « des combattants pour le droit des populations locales » et à espérer obtenir les soutiens suffisants, voire l’adhésion, des tribus. Plus encore, selon Mohamed Fell Ould Oumère, spécialiste de l’AQMI, cette organisation a même poussé l’audace jusqu’à affirmer dans un communiqué « qu’elle se battait, entre autres, contre les conséquences de la pollution au Sahel sur les populations arabes et touarègues ».





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