La politique étrangère de Trump

Quatre semaines après son élection surprise, Donald Trump n’a toujours pas choisi son futur secrétaire d’Etat, poste clé de l’administration, équivalent du ministre des affaires étrangères. De nombreuses personnalités ont été évoquées, dont Mitt Romney, candidat républicain à la Maison Blanche en 2012, Rudolph Giuliani, ancien maire de New York et allié de la première heure du candidat Trump, ou John Bolton, ancien ambassadeur à l’Onu du président George W. Bush. Ce choix sera déterminant. Il donnera une indication claire de la direction à venir de la politique étrangère américaine. Pour l’heure, au sein de l’équipe de défense et de sécurité nationale, Donald Trump a choisi des hommes et des femmes qui illustrent son intention de rechercher “la paix depuis une position de force” (”peace through strength”). Ainsi Donald Trump a désigné Michael Flynn comme Conseiller à la Sécurité Nationale. C’est un lieutenant-général, trois étoiles qui fut directeur du renseignement pour le Pentagone et un critique virulent de la stratégie militaire du président Obama (cela lui avait d’ailleurs coûté sa place). Au Pentagone il a placé James Mattis, également général en retraite. Il a nommé Nikki Haley ambassadrice à l’Onu, et a placé Mike Pompeo à la tête de la CIA. Ces trois nominations devront recevoir l’assentiment du Sénat. Haley est, pour l’heure, gouverneur de Caroline du Sud. Pompeo est un élu du Kansas, proche du Tea Party, qui avait dénoncé avec virulence les révélations d’Edward Snowden sur les écoutes de la NSA, appelant à ce qu’il soit ramené aux Etats-Unis, jugé et condamné à mort… Pour envisager quelle sera la politique étrangère de l’administration Trump, les observateurs n’ont donc pas d’autres éléments que ses discours de campagne. Or, comme il en est coutumier, Trump a fait des déclarations qui ont pu paraître surprenantes ou inquiétantes, surtout pour les alliés des Etats-Unis. Ainsi, il a recommandé au Japon de se doter de l’arme nucléaire pour sa défense ! A l’encontre des traités bilatéraux, et du principe de non- prolifération. Il a indiqué qu’il ne viendrait au secours des pays européens, notamment les pays baltes, en cas d’agression extérieure, que si ceux-ci avaient payé ce qu’ils doivent à l’Otan. A l’encontre de l’article 5, mais en rappelant que les membres de l’Alliance atlantique sont tenus de consacrer 2% de leur PIB à la défense, ce que seuls trois pays font régulièrement, les Etats-Unis, le Royaume uni et la France. Il a laissé entendre qu’il reviendrait sur l’accord de juillet 2015 avec l’Iran. Qu’il chercherait à coopérer avec la Russie dans le dossier Syrien. Qu’il avait un “plan” pour éliminer l’Etat islamique. Qu’il reverrait la relation avec les monarchies du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite… Au-delà des petites phrases – dont chacun sait désormais qu’elles ne doivent jamais être prises au pied de la lettre venant de Donald Trump – le président élu a placé sa future politique étrangère derrière le mot d’ordre “d’America First”. Ce qui signifie “l’Amérique d’abord”. En clair Trump mettra l’intérêt des Etats-Unis avant tout autre considération. “Nous mettrons les Américains en tête de nos préoccupations qu’il s’agisse de commerce international, d’immigration, d’emplois, de revenus ou de sécurité,” avait-il dit dès le mois d’avril 2016. Trump estime en effet que depuis trop longtemps, et notamment sous l’administration Obama, les Etats-Unis ont placé les intérêts d’autres pays, partenaires ou adversaires, avant les leurs, espérant sans doute d’être payés en retour, ce qui n’a pas été le cas à son goût. Cette période est révolue. Sous Donald Trump les Etats-Unis auront comme premier souci… les intérêts des Américains. Ce slogan a été bien sûr dénoncé par certains. Pour ses connotations historiques. Et parce qu’il marquerait un retour à l’isolationnisme. Sur la référence historique, des éclaircissements s’imposent pour ne pas tomber dans la caricature. Quant à la seconde affirmation, elle est tout simplement fausse et résulte d’une lecture biaisée des intentions de Donald Trump. L’America First Committee (AFC) fut une organisation brièvement engagée contre l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1940. Ce comité vécut quinze mois, de septembre 1940 à décembre 1941. A l’époque, les Etats-Unis étaient officiellement un pays neutre. Cette neutralité avait été maintes fois réaffirmée, durant les années trente, par des votes du Congrès. Elle traduisait donc la volonté populaire. Elle ne seyait cependant pas au président Franklin Roosevelt. Et c’est pour prévenir une démarche de sa part, précipitant l’Amérique dans le conflit européen, que certaines personnalités du monde des affaires, de la politique ou de la culture, avaient fondé ce comité. Il s’agissait d’utiliser la pression de l’opinion contre la volonté perçue du président. Le fait que certains membres du comité aient pu avoir alors des sympathies pour l’Allemagne nazi, et le fait que la non- ingérence américaine ait alors fait le jeu de l’agresseur, c’est-à-dire d’Hitler, ont été utilisés depuis pour discréditer l’AFC et en faire une sorte de groupuscule néo-fasciste. C’est tomber dans la caricature. L’America First Committee compta près d’un million de membres, et exprima alors la volonté d’une large partie de l’opinion américaine. Loin de rassembler des extrémistes et des radicaux, il comptait, parmi ses sympathisants, des personnalités de premier plan, dont un certain Joseph Kennedy, ex-ambassadeur en Grande Bretagne, et son fils cadet, John Fitzgerald Kennedy. L’AFC fut dissout trois jours après l’attaque japonaise contre Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. Il n’empêcha pas l’Amérique de se rassembler derrière le président Roosevelt, une fois la guerre déclarée, ou même de s’engager, comme le fit John Kennedy.







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